Réfection Place d’Arles sur Tech

Place d'arme

photo générale

Quand un entrepreneur se découvre, au fil d’un chantier inhabituel, une âme d’artiste
Les Trophées de l’aménagement urbain 2005, organisés par Le Moniteur, ont désigné début février leurs lauréats. Parmi eux, la petite ville de Arles sur Tech, dans les Pyrénées Orientales, a été distinguée pour son aménagement du centre ville, conçu par l’architecte catalan Miquel Battle. Mais c’est une entreprise de maçonnerie locale qui a dû résoudre les problèmes de mise en œuvre. Témoignage.

Les observations du jury sont dithyrambiques. « On retrouve ici les grandes qualités que l’architecte avait mises au service de la ville de Port-Vendres, primée l’an dernier : intelligence de la compréhension des caractéristiques du site (histoire et matériaux), invention, exigence et rigueur de la réalisation. L’aménagement prend ici valeur d’œuvre d’art sans renier sa fonctionnalité et sa pérennité grâce à une mise en œuvre soignée (simple et sophistiquée) de beaux matériaux », a-t-il expliqué pour justifier cette nomination. La mise en œuvre soignée justement est l’œuvre – c’est le cas de l’écrire – de Vallespir Construction, une entreprise de ‘Maçonnerie,

Nous n’avons pas eu à nous gratter la tête pour l’appel d’offres ; nous avons simplement tenu compte de que demandait le descriptif », explique-t-il. « C’est après que c’est devenu compliqué ». Car le projet de l’architecte est particulièrement original. En effet, le projet propose de traiter place, placettes et rues de la ville close par un même système constructif, les mêmes matériaux (Fer, agrégats de granit et eau, les matériaux d’Arles) et mise en œuvre où seuls un calepinage et des détails plus sophistiqués marqueront l’importance du lieu. « Dans tout cet espace pentu, il n’y a qu’une seule marche, sous un porche », remarque l’entrepreneur. Quand l’architecte parle de « froncer la pierre comme un tissu », M. Planell voit un projet « peubanal ».

 

détail corten De fait, « des lignes de corten (fer) découpent l’espace, dessinent son relief, creusent ses plis, dirigent l’eau vers les points bas, marquent les emmarchements, configurent les rampes d’accès aux maisons et garages quand les agrégats de granit charriés par le Riuferrer constituent le béton des sols. Pour créer un ‘rond’ d’arbre, ici triangulaire, le dallage se soulève, laisse apparaître la terre et se replie en forme de banc. Enfin, l’eau circule sous les rues, puis se fait entendre et voir sur la place au travers d’un canal invisible mais bruyant dont l’eau, au point bas de La Plaça, affleure comme par miracle, pour écrire son nom », explique l’architecte. A charge pour Vallespir Construction de trouver à ce concept une application concrète.
L’armature de corten préalablement posée devait servir de guide au coulage du béton et en constituer les joints. Encore fallut-il d’abord trouver le béton adéquat. « Nous avons préparé presque une soixantaine d’échantillons en cherchant du gravier partout dans le département, en Espagne, jusqu’à Nîmes », se souvient M. Planell qui a finalement opté pour un sable de granit trouvé en Espagne.

Après avoir effectué tous les décaissements de la vieille ville, c’est un serrurier-ferronier qui a eu la charge de poser les rails en corten avec l’aide de Vallespir Construction. Le calepinage était en soi surprenant mais, de plus, « il n’y avait pas de points de niveau, ou alors une façade, un point d’évacuation d’eau, très éloignés les uns des autres. Nous y avons passés quelques journées », explique l’entrepreneur. Ensuite il a fallu gérer un problème d’accès, tant parce que la pompe ne rentrait pas dans la vieille ville que parce que l’espace était plein de fils de corten qu’il ne fallait pas abîmer. Il a fallu ensuite tirer le béton entre les profilés sans les salir. « Passer de l’ordinateur à la réalité nous a offert quelques surprises, il y avait toujours un seuil de porte qui clochait ». La finition a également été particulièrement soignée. « C’est presque de la chirurgie à ce niveau », se marre le maçon « mais je voulais rendre un beau travail et nous avons joué le jeu ».

pas dire que nous avons gagné la vie sur ce projet mais nous avons travaillé pour l’avenir. Tous les échantillons réalisés me servent aujourd’hui de support pour mes clients et le maire nous a d’ores et déjà confié d’autres chantiers », dit-il. Il ne tient pas à dévoiler la texture de son béton car une seconde tranche de travaux est désormais envisagée et il espère, en toute logique, que le travail réalisé lui permettra d’emporter également ce marché. « Le maire m’a même invité à une réunion publique, une façon de nous encourager à faire quelque chose de bien ».

Le plus difficile peut-être fut de gérer les réactions des gens du village, la plupart étonnés par un tel projet de grande place vide quand ce type d’aménagement est généralement surchargé d’objets ‘folkloriques’. « Le dernier qui parle le plus fort à raison et nous nous sommes posés des questions », convient l’entrepreneur